L'eurodéputée LFI Rima Hassan à Paris le 3 avril 2026 ( AFP / Blanca CRUZ )
La Chancellerie sous pression après la garde à vue de Rima Hassan: l'eurodéputée LFI accuse le porte-parole du ministère de la Justice d'être à l'origine de fuites auprès de journalistes, ce qu'il dément, tandis que le ministre Gérald Darmanin a diligenté une enquête.
L'élue franco-palestinienne a porté plainte à Paris pour "violation du secret professionnel", a annoncé son avocat Me Vincent Brengarth, expliquant avoir aussi "écrit au ministre de l'Intérieur et au ministre de la Justice pour demander l'ouverture d'enquêtes administratives".
Au coeur de la tempête, le porte-parole du ministère de la Justice, Sacha Straub-Kahn, dont le Canard Enchaîné affirme qu'il aurait échangé avec plusieurs journalistes pendant l'audition de Rima Hassan et discuté du contenu de sa garde à vue.
Ce magistrat dément des "allégations mensongères du Canard Enchaîné". Il a indiqué à l'AFP avoir déposé à son tour plainte pour diffamation ainsi que pour les "injures antisémites inacceptables" qu'il reçoit sur les réseaux sociaux depuis la publication de l'article.
"Mon rôle est de porter la voix du ministère de la Justice et faire preuve de pédagogie (...) pour faire comprendre notre action (...) aux journalistes qui le souhaitent. Ces échanges sont réguliers, concernent des sujets très variés et n'abordent jamais le fond des dossiers", a-t-il expliqué sur X.
Dans le même temps, le ministre de la Justice Gérald Darmanin est monté au front, expliquant avoir saisi l'Inspection générale de la Justice sur ces fuites, en réponse à une question du député LFI Thomas Portes qui demandait le départ du porte-parole.
Il a accusé le député de souhaiter "mettre particulièrement en danger un magistrat, porte-parole du ministère de la Justice". Le ministre a ensuite lu les messages antisémites, "plus de 300", ciblant Sacha Straub-Kahn sur les réseaux sociaux, avant de s'adresser aux Insoumis: "Condamnez l'antisionisme et l'antisémitisme qui est dans vos rangs".
- "Harcèlement" -
La justice n'a pas attendu pour se saisir de la question des fuites.
Dès vendredi, le parquet de Paris avait annoncé l'ouverture d'une enquête pour violation du secret de l'enquête, un délit puni de 3 ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende.
En cause, "la temporalité et (le) degré de précisions des informations qui ont été publiées dans les médias au cours même de la garde à vue et avant toute communication légale".
Le 2 avril, Rima Hassan avait été convoquée et placée en garde à vue, ce dont la presse s'était fait l'écho. A son issue, le parquet avait indiqué qu'elle serait jugée pour apologie du terrorisme, pour l'un de ses posts sur X.
La presse avait évoqué, de source proche du dossier, la découverte de "quelques grammes" d'une drogue de synthèse dans le sac de l'élue de 33 ans.
Mais cette information n'a pas été corroborée par le parquet à l'issue de la garde à vue, le ministère public indiquant plutôt qu'il fallait attendre les résultats "d'analyses complémentaires" du produit pour se prononcer.
Rima Hassan a "indiqué spontanément avoir acheté légalement du CBD dans un magasin qu'elle a désigné et ignorer qu'un produit d'une autre nature pouvait lui avoir été fourni à cette occasion", a précisé le parquet.
"D'après les premières analyses effectuées par les services de police, la résine contiendrait des traces d'une drogue de synthèse. Toutefois, les analyses urinaires n'ont pas révélé la présence d'une telle drogue dans l’organisme de Madame Rima Hassan", a souligné Me Vincent Brengarth dans un communiqué.
Ce CBD a été acheté dans un magasin de Bruxelles, achat dont Rima Hassan a pu produire le justificatif, a-t-il ajouté. Elle "conteste fermement avoir acheté une quelconque drogue de synthèse. Sa seule intention était d'acheter légalement des produits dérivés de CBD, cette substance étant autorisée à la vente et à la consommation", a-t-il poursuivi.
Le lendemain de sa garde à vue, Rima Hassan avait de nouveau été entendue, en audition libre, par la police dans le cadre de deux autres enquêtes. Elle avait dénoncé un "véritable harcèlement judiciaire et politique en raison et exclusivement en raison" de ses opinions politiques".

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